L'Entre-Deux

2016

2 x 5 mn

Films photographiques

Photographie : Michel Handschumacher

Son et Musique : Bruno Fleutelot

Parfois limite infranchissable, large coupure nette et précise, séparation et frontière, cet interstice peut également se transformer en une zone floue, tiraillée entre deux états.

N’appartenant à aucun monde défini, jamais pleinement l’un, jamais complètement l’autre, il se partage entre le proche et le lointain, l’ici et l’ailleurs.

Espace intermédiaire diffus, osmose de deux extrêmes, il invente des paysages changeants qui n’existent que le temps d’un instant.

...

Dans cette série, j’aborde le thème de l’eau en m'intéressant aux espaces de l’entre-deux.

 

Loin d’être neutres, ces zones intermédiaires me servent à questionner la nature et la réalité immédiate des éléments que notre œil perçoit. Ces intervalles, composés de blancs, de noirs, de silences et de grondements, de zones diffuses et floues, trouvent leur origine dans les propriétés physiques de l’eau qui, dans ce projet, passe de sa forme gazeuse à la forme liquide puis solide.

 

L’eau laisse apparaître des univers n’appartenant à aucun monde précis et défini. Ses changements d’état constants, ses capacités de réflexion et d’absorption de la lumière et sa surface mouvante qui tend perpétuellement à vouloir retrouver sa planéité, nous entraînent vers des lieux inconnus, souvent proches de l’horizon.

 

L’idée de l’intervalle entre en résonance avec les caractéristiques intrinsèques de l’eau. Elle nous entraîne dans un monde imaginaire que j’invite à découvrir à travers ces zones de l’entre-image.

Dans ces espaces de confusions où tout s’entremêle, chacun pourra suivre son propre cheminement mental en comblant de ses souvenirs, histoires et rêves ces zones mouvantes.

 

Parfois, l'envie de les garder vides peut aussi se faire ressentir...

Dans le cadre de ce projet, jai également réalisé deux films-photographiques . D’une durée de cinq minutes, ils seront projetés selon un cycle ininterrompu.

 

Ils suivent un rythme très lent et présentent dans un fondu enchainé continu une évocation visuelle personnelle des photos qui composent chaque diptyque. Les images se fondent et se croisent en une longue surimpression et créent de nouveaux paysages fictifs et fabuleux.

 

Les films, élaborés et pensés uniquement à partir des photos présentées montrent des espaces furtifs et mouvants qui entrent en résonnance avec les images statiques des diptyques. Projetés en boucle, ils forment un entre-deux imaginaire qui rappelle le cycle perpétuel de l’eau passant d’un état à un autre.

L'ENTRE-DEUX I

L'ENTRE-DEUX II

Chaque film est accompagné d’une musique spécialement composée par l’auteur-compositeur-interprète Bruno Fleutelot. Ces espaces sonores induisent une nouvelle approche du projet et engendrent une forme de lecture différente de l’ensemble.

 

Michel Handschumacher

Note d'intention musicale pour L’Entre-deux

 

La musique composée pour ces deux films cherche à suggérer un imaginaire de « L'Entre-deux ». Plutôt que de les accompagner ou encore de les illustrer, il propose une forme de narration parallèle à ce que suggèrent les images.

La composition du premier film s'appuie sur une pulsation rythmique, sourde, qui dans ses cassures, arrêts et reprises évoque une idée de continuité mise à mal par les aléas de la matière, en l'occurrence les différents états physiques de l'eau qu'elle soit liquide, gazeuse ou solide. Entre pérennité et fragilité.

 

Une deuxième strate de la composition repose sur une opposition entre des sons vastes et éthérés, fortement spatialisés, et d'autres, au contraire, beaucoup plus proches, secs et directs. Entre immensité et intimité.

 

Pour le second film, c'est en utilisant un schéma harmonique proche de ceux utilisés par les compositeurs impressionnistes français (Ravel, Satie, Debussy) que la musique entend proposer d'autres espaces imaginaires. Les climats ainsi créés s’affranchissent de l’habituelle opposition tension / résolution pour s'intéresser, au contraire, à une forme d'immobilisme mouvant. Tout se passe comme s'il n'y avait ni début ni fin, ni espoir ni crainte. La musique n'annonce rien, n'appelle rien, pas plus qu'elle ne résout quoi que ce soit. Entre mouvement et immobilité.

 

Parallèlement à ce travail harmonique, un ensemble de sons concrets, fait de craquements, suintements, bruits d'air et d'eau qui vont et viennent de manière apparemment aléatoire, s'attache à créer un contrechamp « terrien » à cette première couche plus « aérienne ». Entre l'esprit et le corps.

 

Ces deux pièces accordent une importance toute particulière aux textures et sonorités qui les constituent, éléments aussi importants que le travail de composition musicale à proprement parler. Il s'agit d'évoquer un univers avant tout tellurique, quasi tangible, matériel et sensible.

Bruno Fleutelot

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